La fin des antibiotiques, un défi mondial
Paul Molga constate dans Les Echos qu’« un nombre croissant de germes ne réagissent plus aux traitements antibiotiques. Réduire notre consommation ne suffira pas. De nouvelles stratégies thérapeutiques sont à l'étude ».
Le journaliste relève ainsi que « depuis le début du printemps arabe et l'aggravation de la crise économique dans les pays du sud de l'Europe, c'est la panique dans les hôpitaux du bassin méditerranéen ». Le Pr Patrice Nordmann, chef du service de bactériologie-virologie-parasitologie de l'hôpital Bicêtre et directeur de l'unité Inserm résistances émergentes aux antibiotiques, observe : « Avec la désorganisation des services médicaux, le nombre d'infections résistantes à quasiment tous les antibiotiques connus a littéralement explosé ».
Paul Molga relève que « depuis quelques semaines, le réservoir déborde des pays sources (Grèce, Italie, Espagne et Maghreb). A Rotterdam, plus de 3.000 patients ont été infectés par des souches d'entérobactéries multirésistantes aux traitements. En Grande-Bretagne, après une chute spectaculaire de la présence des staphylocoques dorés en 10 ans, les autorités sanitaires assistent à de nouvelles flambées bactériennes importées d'Inde par le tourisme médical low cost ».
« En France, l'InVS a signalé des souches d'Acinetobacter baumannii ultrarésistantes, dont la part dans les maladies nosocomiales est passée de 3% en 2008 à plus de 11% en 2011, entraînant la mort des patients contaminés dans 17% des cas. Plus inquiétant : les cas d'infections réfractaires ne sont plus circonscrits au milieu hospitalier », poursuit le journaliste. Le Pr Nordmann déclare ainsi qu’« il faut s'attendre à un tsunami ».
Paul Molga remarque que « l'accélération du phénomène inquiète aussi l'OMS. Sa directrice, le Dr Margaret Chan, a calculé que 440.000 cas de tuberculose - sur 8 à 10 millions recensés chaque année dans le monde - correspondent à une forme multirésistante qui fait a minima 150.000 victimes dans pas moins de 64 pays. Dans un rapport publié l'an passé, l'organisation redoute «un retour à la période où les antibiotiques n'existaient pas» ». Le journaliste précise : « Sans antibiotiques, plus de chirurgie, plus de greffes d'organe, plus de chimiothérapies, plus de barrière thérapeutique pour empêcher la propagation des contagions… ».
Le Pr Nordmann explique que « la surconsommation d'antibiotiques, encouragée par leur vente libre dans certains pays, force la transmission des mécanismes de résistance naturels en sélectionnant les gènes les mieux adaptés à la survie dans les environnements suraseptisés ».
Paul Molga ajoute que « la surconsommation n'est pas seulement le fait des prescriptions incontrôlées : d'après l'OMS, au moins la moitié des antibiotiques produits dans le monde sont administrés à titre préventif aux animaux d'élevage. […] La chute vertigineuse de la recherche de nouveaux antibiotiques n'arrange rien à l'affaire ».
Le journaliste souligne toutefois que « cette course contre la montre motive les recherches de nouvelles approches thérapeutiques. A l'Institut Pasteur, le laboratoire que dirige Jean-Marc Ghigo étudie par exemple le métabolisme de biofilms pour concevoir des outils chirurgicaux et du matériel hospitalier sur lesquels les bactéries seraient incapables de se fixer. […] Le Centre d'analyse stratégique recommande pour sa part de pousser la recherche en phagothérapie, une discipline quasi centenaire détrônée par l'avènement des antibiotiques. A l'aide de virus bactériophages, elle peut cibler très précisément des agents pathogènes en protégeant de la pression de sélection les bactéries amies des flores humaines ».
Laurent Frichet Médiscoop Tsavopresse 02-04-2013