Filippo Brunelleschi
Né en 1377 à Florence, où son père est notaire, il apprend à lire, à écrire et à compter, puis il est placé dans un atelier d'orfèvrerie. Admis apprenti orfèvre à l'Arte della seta (« guilde de la soie ») en 1398, il s'intéresse un temps à l'horlogerie.
En 1400, il exécute des statuettes de prophètes, d'évangélistes et de saint Augustin pour l'autel de San Jacopo à Pistoia. En 1401, il participe au concours pour la seconde porte de bronze du baptistère de Florence sur le thème du sacrifice d'Isaac. Il est finaliste avec Lorenzo Ghiberti dont l'oeuvre est finalement retenue en 1402. On préfère le style plus mesuré de ce dernier, tout en étant sensible au fait que Ghiberti ait su utiliser une quantité moindre de bronze pour effectuer son relief. Il part alors à Rome avec Donatello, son élève, pour étudier les ruines antiques. Bien que reconnu maître-orfèvre en 1404, Brunelleschi s'intéressera plus à la sculpture, avant de se tourner résolument vers l'architecture.
Mais Brunelleschi, loin de se contenter de copier l'antique, en réadapte le vocabulaire à un édifice qu'il conçoit comme un tout organique, régi par des mesures et des proportions harmoniques. Sa connaissance de l'architecture antique pourrait également être due au contact direct avec les monuments romans toscans (à Florence même, San Miniato et le baptistère, dont il s'inspire pour la lanterne de Santa Maria del Fiore).
Bien que reconnu et honoré - il fut enseveli à Santa Maria del Fiore, et eut droit à un monument avec une épitaphe commémorative -, Brunelleschi dut lutter pour imposer ses projets, notamment celui de la coupole de la cathédrale. Cosme de Médicis refusa le plan d'un palais nouveau, jugé trop somptueux. Santa Maria degli Angeli fut abandonnée, et Santo Spirito fut notablement modifié : les chapelles qui devaient montrer leur rotondité à l'extérieur furent dissimulées par un mur les enchâssant ; on a finalement construit trois portes en façade au lieu de quatre ; en outre, Brunelleschi n'obtint pas d'orienter l'église vers l'Arno, ce qui aurait créé une nouvelle relation de la ville avec le fleuve. Manetti impute nombre des imperfections des édifices de Brunelleschi à Francesco Della Luna et à Manetti Ciaccheri, qui les achevèrent après sa mort.
Filarete et Manetti attribuent à Brunelleschi l'invention de la perspective, bien avant qu'Alberti n'en codifie les procédés dans son traité De la peinture (1435). Pour l'ingénieur Brunelleschi, la perspective constitue un instrument de calcul et un moyen de reproduction rationnel des édifices. Elle met en évidence les lignes de force de l'architecture (colonnades) et les scansions de l'espace (alternance des vides et des pleins). Vers 1415, il peint deux petits tableaux représentant en perspective le baptistère de Florence et le palais de la Seigneurie. Il aurait également pris part, à Santa Maria Novella, à la construction graphique du cadre architectural de la Trinité, peinture murale de Masaccio. L'influence de ces leçons de perspective sera particulièrement sensible chez des maîtres de l'école florentine tels que Filippo Lippi et Fra Angelico.
L'extraordinaire capacité d'invention de Brunelleschi se manifeste peut-être plus dans ses trouvailles techniques que dans ses choix esthétiques. La construction de la coupole de la cathédrale nécessite de soulever environ sept tonnes de matériaux par jour : il met au point grues et treuils à l'aide de vis sans fin, poulies, engrenages et roues dentées, ainsi que des échafaudages assurant la sécurité des ouvriers. Selon Manetti, son expérience dans le domaine de l'horlogerie lui fut très profitable. Certains dessins de Léonard de Vinci s'inspirent de ses créations.
Mais si la coupole ou Dome de Santa Maria del Fiore - « assez vaste pour pouvoir couvrir de son ombre tous les habitants de la Toscane », selon Alberti - est plus renaissante par ses innovations techniques que par sa forme légèrement pointue qui ne la démarque pas nettement du style ogival, elle manifeste un sens de l'espace nouveau et remodèle l'aspect de la cité des Médicis pour en affirmer symboliquement la suprématie face à ses rivales, Milan, Venise, Pise, Sienne, Lucques.
La Renaissance ne date que des œuvres de Brunelleschi postérieures à la coupole : l'église de Saint-Laurent et la chapelle des Pazzi, commencées vers 1430. Monsieur Paolo Fontana, dans un remarquable article, Il Brunelleschi e l'architectura classica, publié en 1893 dans l'Archivio storico dell' Arte a fait remarquer que la réforme de Brunelleschi consiste moins à reproduire les monuments de l'antiquité païenne que les monuments chrétiens du Moyen Âge. Les œuvres de Brunelleschi dérivent directement de San Miniato, des Saints-Apôtres et du Baptistère de Florence. Brunelleschi exerça sur l'art italien une influence bienfaisante, parce
qu'il renonça à l'architecture gothique que le génie italien ne parvenait pas à assimiler et parce qu'il remit l'architecture italienne dans sa vraie voie, dans cette voie qu'elle avait abandonnée au XIIIe siècle, pour suivre, sans grand profit, les nouveautés des peuples du Nord."
Marcel Reymond (La sculpture florentine au XVe siècle : Brunelleschi - Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1er janvier 1897, 3e période, tome 17)
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