SANTÉ
Généralistes : la grève et leur ras-le-bol
Ils disent aimer leur métier et c'est bien pour ça que vous trouverez peut-être porte close chez votre médecin généraliste aujourd'hui. Signe d'un malaise qui monte et de leur inquiétude quant à l'avenir de leur profession.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Il le reconnaît, il a choisi d'être « médecin de famille » pour un tas de raison. La première son envie de soigner et de cultiver une relation de qualité avec ses patients « indispensable pour essayer d'être un bon généraliste ». Pierre savait que ça ne serait pas facile, mais 17 ans après son installation à Tourcoing, il n'imaginait pas que la médecine générale « évoluerait si mal ». Comme nombre de ses confrères, il vit mal de perdre son temps avec « la paperasserie, les contraintes administratives. Un temps qu'on ne passe pas à soigner ». Un constat partagé.
Nathalie, 47 ans, installée à Lille, confie un malaise similaire même si elle dit aimer son métier et n'avoir aucune envie de décrocher sa plaque. « C'est bien pour ça que je fais grève, pour tirer la sonnette d'alarme ».
Les généralistes, notamment ceux engagés dans le syndicalisme, ont l'impression que cette sonnette, ils la tirent souvent dans le vide.
« Lors de notre congrès à Lille, le directeur de l'Assurance maladie a reconnu le bien-fondé de nos revendications mais nous dit que l'Assemblée nationale lui fixe ses moyens et qu'il n'a pas l'argent pour nous rémunérer », explique le docteur Pierre Gheeraert, généraliste à Roubaix et président du syndicat MG France pour le Nord.
Il observe que, depuis quelques années, les étudiants boudent la médecine générale, pourtant devenue une spécialité à part entière.
Et « parmi ceux qui ont choisi de faire médecine générale comme spécialité,
un sur dix s'installe effectivement ! »
Dans son quartier de l'Alma Gare, à Roubaix, deux médecins ont cessé leur activité cette année. Ils n'ont pas trouvé de remplaçant. Leurs patients se sont reportés sur les autres généralistes du quartier. « Et encore, on n'est pas dans les déserts médicaux qu'on peut connaître en Flandres ou dans le Sud du département du Nord mais la pénurie commence à se faire ressentir dans les quartiers populaires », ajoute le Dr Gheeraert, inquiet pour l'avenir.
Selon des évaluations récentes, 60 % seulement du temps de travail d'un généraliste est consacré au soin. Le reste se répartit entre la formation et ce qu'ils appellent « le temps administratif », les dossiers à remplir, la coordination des soins avec les autres professionnels de santé.
Un autre exemple : les visites au tribunal de l'invalidité quand une demande est contestée : « Je me vois mal demander au patient de me payer pour ça, c'est du temps bénévole », ajoute ce médecin.
Nathalie, elle, parle d'un sentiment diffus de mal-être dans la profession, de ras-le-bol qui se distille. « On m'en demande de plus en plus, sans m'en donner les moyens et ensuite on me dit que je ne travaille pas bien... ».
On ? À les écouter, les médecins généralistes entretiennent des relations difficiles avec les caisses d'assurance maladie. « Toutes les semaines, on reçoit des courriers désagréables. Ça devient vraiment pénible », lâche Nathalie. Un sentiment de suspicion, vécu comme une injustice et ça fait mal. Des exemples de courriers déplaisants, elle en a plein. Insupportable à la longue.
Pénurie en vue
Ces médecins-là ne réclament même pas tous l'augmentation du prix de la consultation à 23 euros, plutôt « un forfait, basé sur un calcul fait scientifiquement et négocié, avec l'assurance maladie en fonction de la patientèle », plaide le Dr Gheeraert. De quoi donner à Nathalie, installée avec deux confrères sans pouvoir financer un secrétariat, « les moyens de faire toute une partie du travail sur laquelle ma valeur ajoutée de médecin est nulle ». Secrétaires, infirmières, autant de métiers qui seraient une vraie aide pour les généralistes, « créeraient de l'emploi et nous permettraient de mieux faire notre boulot, c'est-à-dire soigner ».
Il y a urgence. En France, on compte 50 000 généralistes aujourd'hui. Si rien ne change, avec les retraites qui se profilent, ils ne seront plus que 23 000 en 2025.
w nordeclair.fr 08/04/2010