Fonte des glaciers: l'homme à moitié responsable
Il ne s'agit en aucun cas de nier que le changement climatique provoqué par l'homme soit un problème sérieux, également pour les glaciers, a indiqué le glaciologue Matthias Huss, de l'Université de Fribourg. Mais l'étude montre que leur rapide recul actuel est encore renforcé par des variations climatiques naturelles.
Avec des collègues de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), Matthias Huss a étudié les changements de volume annuels d'une trentaine de glaciers suisses, utilisant des mesures directes, des anciennes cartes, des photos aériennes et des données d'écoulement des eaux. C'est la première fois que de tels travaux sont menés sur une telle durée et sur une sélection représentative d'une chaîne de montagnes entière, précise le spécialiste.
Mystérieuse oscillation atlantique
Au total, les 30 glaciers étudiés ont perdu depuis 1910 quelque 13 kilomètres cubes de glace. Cela représente environ 30% de leur volume de l'époque, selon ces travaux publiés dans la revue Geophysical Research Letters. Tous sont plus petits qu'il y a 100 ans, mais la vitesse de leur perte de masse varie jusqu'à un facteur trois.
"Les variations dans le temps sont semblables pour tous les glaciers", explique Matthias Huss. Dans les années 1910 et vers la fin des années 1970, il y a eu de brèves périodes au cours desquelles la masse glaciaire a augmenté. A l'inverse, dans les années 1940 et depuis 1980, leur fonte est supérieure à la moyenne. Matthias Huss et ses collègues ont comparé ces données avec l'oscillation atlantique multidécennale.
Ce phénomène climatique naturel s'exprime par une variation de la température de surface dans le Nord de l'océan Atlantique, avec un rythme de 60 ans environ. L'origine de cette oscillation n'est pas claire, précise Matthias Huss. On part du principe que la circulation des océans est en cause. Les chercheurs supposent que l'oscillation influence différents facteurs climatiques, par exemple la pluviosité en Europe ou les ouragans en Amérique du Nord.
Inversion peu probable
Or selon Matthias Huss, les courbes de variations des glaciers et celles de l'oscillation atlantique concordent bien. C'est également valable pour les variations de longueur du Bas-glacier de Grindelwald (BE), comparées sur 250 ans avec des reconstitutions de l'indice d'oscillation atlantique. Cette dernière a donc influencé l'évolution des glaciers suisses, déduisent les scientifiques.
En ce moment, les conditions dans l'Atlantique accélèrent la fonte des glaciers. Les chercheurs estiment que depuis l'an 2000, environ la moitié de la perte de volume peut être attribuée à ce phénomène. Dans les 30 prochaines années, la situation pourrait à nouveau s'inverser sur l'Atlantique. Cela signifierait que l'oscillation à elle seule permettrait une augmentation de la masse des glaciers. Mais ce ne sera pas le cas, prédit Matthias Huss. On assistera au mieux à un ralentissement de leur fonte, car l'influence de l'homme sur le climat se renforce.
ats/dk 08 juin 2010 tsr.ch