Le boom de la crevette domestique
Lorsqu'une marée noire s'approche des côtes de Louisiane, c'est eux que l'on entend se plaindre en premier. Il n'est plus guère de littoraux aux eaux chaudes qui échappent aux éleveurs de crevettes. Depuis vingt ans, cette pratique n'a cessé de se développer.
D'après le rapport de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) sur la " situation mondiale des pêches et de l'aquaculture " en 2008, cet essor a fini par placer les crevettes de mer en tête des espèces consommatrices de farines de poisson (les crustacés d'eau douce arrivent en sixième position) et au quatrième rang pour la consommation d'huiles.
Cette dépendance apparaît d'autant plus forte que nombre de familles de crevettes, principalement carnivores, ont beaucoup de mal à grossir sans manger des protéines animales. Les pratiques varient toutefois fortement selon les régions.
"A Madagascar, on trouve les élevages parmi les plus sophistiqués, explique Jean-François Baroiller, du Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Grâce à des techniques de pointe, très coûteuses, les taux de mortalité sont réduits à 5 %."
Le recours aux farines de poisson est dans ce cas généralisé.
" En Asie, on pratique l'élevage dans les étangs côtiers d'eau saumâtre. On ne donne pas d'aliments aux crevettes, qui se nourrissent de micro-algues renouvelées par les marées. Les taux de mortalité sont proches de 95 %. Mais ces élevages sont plus rentables que ceux de Madagascar parce que le seul coût, c'est l'achat des larves. Le reste, c'est la nature qui le fournit."
lemonde.fr/planete 22/08/2010